Au musée du Luxembourg, les Nabis et le décor

Rassemblant 89 œuvres, le musée du Luxembourg propose un voyage plein de charme dans l’art décoratif des Nabis, mouvement post-impressionniste d’avant-garde.

Ce cercle de jeunes artistes actif entre 1888 et 1900 se réunit autour de Paul Sérusier, dont Le Talisman, l’Aven au Bois d’amour, peint sous la direction de Gauguin à Pont-Aven, devient leur peinture-manifeste. Ce paysage présente les caractéristiques majeures de la peinture des Nabis (« prophète » en hébreu), qui se débarrasse de la contrainte imitative et tourne le dos au naturalisme. Le mouvement comptera notamment Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis, Paul Ranson et Aristide Maillol.

Edouard Vuillard – Jardins publics – La Promenade 1894 – Peinture à la colle sur toile, 214,3 x 97,2 cm, Houston, The Museum of Fine Arts, The Robert Lee Blaffer Memorial Collection, gift of Mr. and Mrs. Kenneth Dale Owen, 53.9 © The Museum of Fine Arts, Houston

Groupe aux personnalités très diverses, les Nabis partagent une même fascination pour les estampes japonaises, qu’ils découvrent à l’occasion d’une exposition organisée en 1890 à l’École des beaux-arts de Paris, ainsi qu’au travers des ukiyo-e parus dans la revue Le Japon artistique. Comme d’autres peintres toqués de « japonisme », ils reprendront à leur compte les puissants aplats de couleur et la simplification des formes.

Intéressés par l’intégration de la peinture dans l’architecture, les artistes nabis réalisent de nombreux panneaux décoratifs, fruits de commandes d’amis et de mécènes proches du groupe. L’un des intérêts de l’exposition est précisément de reconstituer des ensembles décoratifs démantelés et dispersés au fil du temps. On découvre ainsi une série consacrée aux jardins publics peints par Vuillard. Ce cycle, initialement composé de neuf panneaux, évoque des enfants en train de jouer, accompagnés de leur gouvernante. Cette commande pour la décoration du salon-salle à manger de l’hôtel particulier d’Alexandre Natanson, directeur de la revue d’avant-garde La Revue blanche, marque un tournant dans la carrière de Vuillard, alors âgé de vingt-six ans. Ce sont Les Jardins publics qui établiront sa réputation de peintre décorateur et le feront connaître auprès du grand public.

Paul Ranson – Les Canards vers 1894-1895, projet de papier peint – huile sur toile 64 x 81cm – Quimper, musée des beaux-arts © musée des beaux-arts de Quimper

Les Nabis s’essaient aussi à d’autres mediums : estampe, tapisserie, papier peint, vitrail et céramique. Les décors des Nabis constituent une expérience d’art total, fondée sur le décloisonnement des techniques. L’exposition montre tout l’éventail de leur production : Paul Ranson réalise aussi bien des projets de papiers peints que des objets en bois marqueté et des tapisseries, Maurice Denis et Félix Vallotton produisent des projets d’abat-jour. Dans cette promenade hors du temps pleine de charme, une seule femme est présente : Marguerite Sérusier, épouse de Paul Sérusier, dont le visiteur pourra admirer un superbe paravent en bois peint.

S.D.
Crédit photo du visuel d’ouverture : Edouard Vuillard – Le Corsage rayé, 1895, huile sur toile – 65,7 x 58,7 cm – Washington, National Gallery of Art, Collection of Mr. and Mrs. Paul Mellon, 1983.1.38 © Washington, National Gallery of Art

« Les Nabis et le décor : Bonnard, Vuillard, Maurice Denis… »
Commissariat :
Isabelle Cahn, conservatrice générale des peintures au musée d’Orsay,
Guy Cogeval, directeur du Centre d’études des Nabis et du symbolisme
Scénographie :
Hubert Le Gall, assisté de Laurie Cousseau
Musée du Luxembourg
Du 13 mars au 30 juin 2019
17, rue de Vaugirard
75 006 Paris

Et pour compléter : l’exposition « Le Talisman de Sérusier, une prophétie de la couleur » au musée d’Orsay jusqu’au 28 avril 2019.

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1 Comment
  • B. Chiche
    Répondre 21 mars 2019 at 18:02

    Un mouvement encore trop connu mais

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