Auvergne : la Cave Saint Verny

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AOC Côtes d’Auvergne, IGP Puy de Dôme : tels sont les classifications de la coopérative Saint Verny près de Clermont Ferrand. Mais saviez vous seulement qu’il y avait des vignobles en Auvergne ?

 

 

Un long passé emblématique

 

 

Du puy de Corent au plateau de Gergovie, les amphores trouvées en quantité sur les nombreux sites archéologiques permettent d’affirmer qu’on buvait du vin en Arverne dès l’an 50 avant Jésus-Christ. Pendant un millénaire, les vignes connaissent des hauts et des bas mais en l’an mille, elles s’étendaient sur plus de 10 000 hectares.

Vignobles à flanc de coteaux avec la chaîne des Puys au fond

Vignobles à flanc de coteaux avec la chaîne des Puys au fond

 

Les vins d’Auvergne sont prisés à la cour des rois de France : Henri IV était amateur de coq au vin de Chanturgue et plus tard ce vin là figurait aux côtés du St Nectaire et de l’eau pétillante de Châteldon parmi les 3 produits immanquablement présents à la table du Roi Soleil. Importé de Bourgogne, le cépage de pinot noir se plaît tant sur les sols qu’il est parfois affublé d’un second nom, l’auvernat. Ce pinot est le gage d’une production moins débordante et ordinaire que celle liée au « gamet ». Le XVII ème siècle est celui d’une réputation grandissante via le transport fluvial sur l’Allier, la Loire et la Seine par des sapinières, légères barques à faible tirant d’eau, qui apportaient les barriques à Paris même. La production augmente, augmente et la qualité par là même occasion diminue. Les cabaretiers vendent à bon marché des breuvages coupés dont les clients friands d’ivresse et d’évasion se servent « à la saoulée ». Trop de vin peut cependant tuer le vin !

 

La révolution de 1789 permet à beaucoup d’accéder à la propriété de parcelles vigneronnes et le début du XIX ème siècle voit l’émergence des bistrots pour la clientèle bourgeoise et la montée des Auvergnats sur la capitale qui vendaient vins et charbons avant de devenir de réels restaurateurs. L’expansion atteint son paroxysme au XIX ème siècle et le Puy de Dôme devient le 3 ème département viticole de France, lequel profite du phylloxéra qui atteint les autres régions et pas encore ce pays ci. On plante même dans les plaines pour faire « pisser la vigne ». Mais fin 1890 le phylloxéra touche à son tour l’Auvergne, puis le mildiou en 1910 et c’est l’effondrement total qui entraîne un arrachage massif des pieds de vigne. D’environ 50 000 hectares on tombe à 15 000 en 1920. La seconde guerre mondiale puis la manufacture Michelin qui recrute tous les bras contribuent encore à l’effondrement du vignoble auvergnat.

 

 

Une renaissance tardive

 

 

En 1951, L’Etat reconnaît l’existence des 5 grands crus encore en vigueur aujourd’hui : Madargue, le haut lieu du vin de Riom, Corent, un vin vif et minéral, Châteauguay au pied de la chaîne des Puys, Chanturgue, un tout petit terroir surplombant la capitale Clermont, Boudes, le vignoble le plus au sud. Néanmoins, le vignoble connaît une réelle crise et les interrogations sont telles qu’avant 1980 on pense tout arrêter, la qualité demandée par la clientèle n’étant pas au rendez-vous. Limagrain, groupe céréalier, sauve en 1990 la cave Saint Verny. Tous les plants sont revus (introduction de chardonnay), on apprend à travailler de façon moderne en baissant les rendements et en augmentant la qualité, un oeonologue est embauché. C’est une réelle renaissance qui s’entame pour la cave laquelle « exploite » aujourd’hui 180 hectares de vignobles (40 % du vignoble totale du Puy de Dôme), fait travailler 86 viticulteurs sur le gamay, le pinot noir et le chardonnay.

 

Demandée en 1986, le classement en AOC Côtes d’Auvergne est enfin obtenu en 2010 vingt ans plus tard, couronnant les efforts et le travail accompli pour rendre les vins plus qualitatifs.

 

Pinot Noir et Gamay: les deux principaux cépages des Côtes d'Auvergne

Pinot Noir et Gamay: les deux principaux cépages des Côtes d’Auvergne

 

Le vignoble des Côtes d’Auvergne et la cave Saint Verny demeurent une niche commerciale en représentant par sa dimension moins de 1% du vignoble bordelais. Mais les cépages principaux, gamay, chardonnay et pinot noir, s’épanouissent sur un sol bien spécifique (sols basaltiques, volcaniques) en un climat particulier (continental et avec la présence du 45 ème parallèle). Ces deux atouts confèrent aux vins une typicité très originale avec des Gamay ronds, fruités, épicés, des Chardonnay puissants et fins à la fois, des Pinot Noir intenses et tanniques.

 

 

Ma sélection après dégustation

 

 

Pour les rosés, la cave Saint Verny ne recherche que du frais, du croquant ; en aucun cas des vins de garde. Optez pour le chouchou des Auvergnats, le Corent 2012 (gamay) à la belle puissance et minéralité (de 5, 50 à 6, 50 €).

"Vin gris" pour ce Corent rosé cultivé sur les bords d'un ancien volcan

« Vin gris » pour ce Corent rosé cultivé sur les bords d’un ancien volcan

 

Pour l’apéritif ou des plats de St Jacques, de crevettes ; les notes exotiques, melon fraise des bois du saint Roch Blanc 2011  (chardonnay) conviennent. En bouche on n’est pas loin d’un Chablis (5, 50 à 6, 50 €). Sur des terres plus argilo-calcaires et non plus les marnes kimméridgiens du précédent vin, le Privilège Blanc 2012 (chardonnay) convient aux viandes blanches (9, 50 à 11, 50 €).

 

En cette saison automnale, le gibier va arriver dans vos assiettes : pour du gibier à poil et cuisiné en sauce, le Basalte 2009 Petites Grappes (vieilles vignes de 50 à 80 ans en gamay) est un vin presque parfait selon le guide Hachette 2012 (15 à 17 €). Il ira aussi très bien sur un magret de canard un peu saignant. Pour du gibier à plumes rôti type faisan, pigeon, palombe, je vous suggère le Concept Rouge 2011 (100 % pinot noir) dont la maturité est là grâce à un élevage en fût de plus d’un an (15 à 17 €).

 

Ces bouteilles peuvent être achetées dans certaines enseignes de la grande distribution, chez certains cavistes, directement à la cave.

100 % Pinot Noir pour cette cuvée

100 % Pinot Noir pour cette cuvée Concept Rouge

 

 

Cave Saint Verny

 

2 route d’Issoire

 

63960 Veyre-Monton

 

04 73 69 60 11

 

www.saint-verny.com

Les photos sont de Jérôme Chabanne

 

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