La course, la Route du Rhum 2026
A Saint-Malo, le spectacle avec 115 bateaux est dans le port.
Patricia M Colmant nous entraîne vers cette future course mythique de voiliers qu’est la Route du Rhum. Paré pour l’édition 2026 ?
La Route du Rhum-Destination Guadeloupe, rendez- vous quadriennal de la voile à Saint-Malo, remplit sa promesse de show spectaculaire, au pied des remparts de la ville. Le village de cet événement voile qui rassemble 115 bateaux de 12 à 32 m et de une, deux ou trois coques accueille, depuis le 20 octobre et jusqu’au 1er novembre des centaines de milliers de visiteurs. Amateurs de voile ou simples curieux, ils sont tous impressionnés par l’audace des marins qui s’apprêtent à affronter les tempêtes hivernales de l’Atlantique, seuls sur leur bateau, avec pour destination Pointe-à-Pitre. Ils sont aussi curieux ou admiratifs de l’architecture et de la technologie ainsi exposées dans le bassin.
D’un côté, les voiliers amarrés aux pontons autour desquels les équipes s’affairent à régler les derniers préparatifs. De l’autre, à travers les 70 000 m2 de ce village de toile, les plus de 200 boutiques éphémères où se proposent pèle-mêle, équipement marin, friandises et biscuiteries, stands promotionnels des sponsors, présentation visuelle de l’histoire de la course, associations de défense des océans ou test d’efforts aux moulins à café, ces moulinets avec lesquels le skipper va pouvoir border ses voiles. Les restaurants ou buvettes sont multiples, au grand dam d’ailleurs des commerçants de la ville qui ne voient plus beaucoup de visiteurs franchir les remparts. Entrée et animations sont gratuites, y compris les concerts, la ville de Saint-Malo souhaitant garder le caractère populaire de l’évènement.
Cette année, le plateau est encore plus fourni qu’il y a 4 ans, les organisateurs ayant assoupli le classe Rhum pour cette 13è édition, en deux classes « vintage », les mono et les multi. Compte tenu de leur taille _32 m sur 23 m _ les 8 Ultim, quintessence de la haute technologie qui donne libre court à sa créativité dans la voile et permet aux bateaux d’aller toujours plus vite sur l’eau et au-dessus de l’eau, sont les plus spectaculaires. Pour la première fois, une jeune femme, Alexia Barrier sur « IDEC Sport-CIC » se mesure à 7 marins très aguerris. Le record à battre est de 6j 19h 47mn 25s détenu par Charles Caudrelier sur « Maxi Edmond de Rothschild ». Cette année, le skipper s’aligne sur une nouvelle machine au potentiel, semble-t-il, phénoménal, mais ce grand marin au très beau palmarès n’a pas encore eu le temps de fiabiliser son trimaran mis à l’eau en février dernier. Il n’est donc pas plus favori qu’Armel Le Cléac’h sur « Banque Populaire » ou Thomas Coville sur « Sodebo » et Tom Laperche (SVR-Lazartigue).
Les Classe 40 sont les plus petits (12,15m), mais aussi les plus nombreux avec 49 bateaux au départ. Cette flotte très dynamique et beaucoup moins onéreuse, rassemble de jeunes skippers et des plus chevronnés. C’est le cas des deux favoris, Corentin Douguet sur « SNSM, Faites un don » et le jeune normand Guillaume Pirouelle sur « Sogestran-Seafrigo ». Le premier est un habitué des victoires et des podiums et le second a gagné la Transat Café l’Or l’hiver dernier. C’est le jeune qui monte. Toutefois, le plateau de la flotte est relevé et les prétendants à la victoire dans cette classe sont nombreux avec pour objectif de battre le record de Yoann Richomme de 14 j 3h 8mn 40s.
Les 10 Ocean Fifty, des trimarans de 15,24 m aussi longs que larges ont des silhouettes de jolies libellules. Moins puissants que les Ultim, ils sont néanmoins des voiliers très rapides qui nécessitent une attention de chaque instant. Quant aux Imoca, les gros monocoques de 18,25 m constituent l’autre flotte importante. Ils sont 22 au départ, dont trois femmes qui affichent un joli palmarès. Sam Goodchild, l’Anglais qui a remplacé le regretté Charlie Dalin à bord de « Macif Santé Prévoyance », est en tête des favoris. Mais le niveau de cette classe est très élevé, nombre de concurrents ayant déjà participé au Vendée Globe.

Les trimarans géants peuvent rapidement atteindre près de 40 noeuds ( 70 km/h) grâce à leurs foils qui les soulèvent de la surface de l’eau
Une pointe de nostalgie s’empare des visiteurs en longeant les deux flottes vintage composées de bateaux qui ont, peu ou prou, écrit l’histoire de cette belle aventure maritime des temps modernes. Il y a les multicoques comme « ACapella » de Charlie Capelle qui s’aligne pour sa 7è édition, un petit trimaran de 12 m sister-ship de celui de Mike Birch, vainqueur de la première édition, en 1978. Cette victoire devant le « long cigare » de Michel Malinowski frappa tous les coureurs du large, car elle consacrait l’avènement des multi. « ACapella » est un véritable rescapé puisqu’il a chaviré deux fois dans sa carrière ….
L’édition 2026 marque aussi le retour en course d’une belle classe des années 90, les Orma, trimaran de 18,25 m avec quelques personnalités comme Francis Joyon, vainqueur en 2018, qui s’aligne à 70 ans pour la 9è fois. Éric Péron et Damien Seguin, tour-du-mondistes solo sont aussi au départ alors que Roland Jourdain a dû laisser, pour raison de santé, la barre de son catamaran « Explorer » en fibre de lin à François Guiffant.
Enfin, dans les monocoques vintage, on notera l’inoxydable Jean Le Cam qui s’aligne sur un Swan 59 de 1986, joli voilier plutôt de croisière que de course et qui court sous les couleurs de l’institut Gustave Roussy contre le cancer. A bord de son « Alégria », ce navigateur et coureur au large chevronné opte pour un retour à une navigation motivée par la joie d’être en mer, poussé par des vents qu’on souhaite à tous les concurrents, cléments.
Patricia M. Colmant
visuels de Nivet Gitana, Erwan Labourdais, Eloi Stichelbaut, Banque Populaire, Vincentais Olivaud





