Hommage au grand navigateur Charlie Dalin

La disparition de Charlie Dalin a bouleversé le monde de la course au large.

Journaliste spécialiste ‘voiles’, Patricia M Colmant nous livre son ressenti depuis le décès de Charle Dalin. Réellement l’univers voiles, bateaux est en grand deuil après cette disparition.

A l’occasion d’une présentation d’une course océanique j’ai eu la chance d’échanger avec Charlie Dalin.

L’imoca Macif avec lequel Charlie Dalin a gagné ses courses en solitaire

Je me souviens de son sourire modeste, un peu en coin, laissant filer un aimable merci, presque gêné, en réponse à mes compliments pour sa performance victorieuse dans le Vendée Globe 2021. Certes, l’histoire de cette phénoménale course autour du monde sans escale et sans assistance retient que c’est le Rochelais Yannick Bestaven sur Maître Coq qui en a été le vainqueur. Pourtant, il a franchi la ligne 7h15’ après Charlie Dalin sur Apivia et en 3è position derrière Louis Burton (Bureau Vallée). Il est vrai que les trois marins se suivaient dans un mouchoir de poche après une chevauchée vélique de 45 000 km sur les 4 océans du globe. Néanmoins, Charlie Dalin franchit le premier la ligne au large des Sables d’Olonne avec 7h15’ d’avance sur Bestaven. Mais cette édition avait fait un naufragé, Kevin Escoffier, au sud du cap de Bonne Espérance et la direction de course avait dérouté Jean Le Cam qui finalement sauva son camarade, Yannick Bestaven qui du faire un petit crochet, au demeurant inutile, sur sa route, ainsi qu’un 3e concurrent. Charlie Dalin lui était trop loin du bateau en perdition pour être dérouté. Que ces concurrents soient compensés pour ce changement de cap est bien normal. Mais que Yannick Bestaven ait bénéficié d’un bonus de 10h15’pour un changement de cap alors que Jean Le Cam n’a été compensé que de 16h15’ pour s’être dérouté, avoir sauvé puis navigué quelques jours avec Kevin Escoffier avant que ce dernier ne soit récupéré dans l’océan Indien par la marine nationale étonne. A l’époque, cette disproportion avait soulevé des questions. En revanche, jamais Charlie n’a exprimé le moindre commentaire négatif. Cette acceptation sans broncher, de la décision de la direction de course était à l’image de ce grand marin, respectueux des règles. Il était loin des récriminations, seulement dans la détermination à se redonner une chance de victoire. Et c’est avec un immense panache que 4 ans plus tard, en janvier 2025, il franchissait victorieux la ligne vendéenne en pulvérisant le record de l’épreuve en 64 j 19h 22’. Pourtant, un an avant le départ à l’automne 2024, la médecine lui avait découvert ce cancer qui l’a emporté la semaine dernière à 42 ans. Malgré ce diagnostic si lourd, le Normand a pris le départ avec ses boites de médicaments, sans en toucher un mot à son équipe ni à la direction de course. Personne ne savait, à part sa femme et le corps médical. Il finira par partager un peu de ce coup du sors dramatique dans son livre « La force du destin », paru en octobre dernier. (1)

Quand il gagne le Vendée Globe en 2025 à son arrivée au Sables d’Olonne

Ce natif de Harfleur (Seine Maritime) en 1984 était un taiseux comme le sont souvent les ingénieurs. Cartésien, réservé, pudique à l’image de ce sourire modeste, Charlie avait découvert la voile, gamin en Bretagne, en naviguant en dériveur. Optimist puis 420 et très vite il veut faire de la compétition. La liberté que procure la sensation de filer sur l’eau sous la pression du vent le fascine. Après le bac, il entre à la célèbre école d’architecture navale de Southampton, une formation qu’il mettra au service de la conception de ses bateaux, notamment les deux derniers Imoca (des monocoques de 18,25m). C’est un technicien qui adore naviguer. Il a suivi de très près le dessin de ses deux derniers bateaux, plan Verdier car s’il avait choisi la régate, il ne pouvait se désintéresser de la planche à dessin. D’ailleurs, cette dernière année, malgré la maladie, Charlie était le consultant performance. De là-haut, il doit être heureux de voir que son co-skipper, l’anglais Sam Goodchild, a brillamment mené l’Imoca MACIF en montant sur la seconde marche du podium, ce lundi 15 juin, dans la Vendée Arctique. Par amitié et pour rendre hommage à son mentor, Goodschild a remonté le chenal des Sables d’Olonne avec un bateau battant pavillon noir.
Au fil des années de sa jeune carrière, Charlie va trouver des embarquements. En 2009, il termine 2è de la Mini transat, sur une coque de 6,5 m avec laquelle les impétrants doivent traverser l’atlantique en solitaire. Puis en Figaro-Bénéteau (9,50 m) avec lequel il termine deux fois 2è de La Solitaire et 3 fois 3è …mais gagne la Transat AG2R en 2012. Il gagne aussi la Transat Jacques Vabre avec Yann Eliès en 2019 qui dit de lui en souriant qu’il était plutôt orienté « analyse de données que feeling ».


Tristesse quand il doit annoncer qu’il ne pourra participer à la Route du Rhum 2026

Charlie Dalin ne trainait pas dans les bars avec les copains après les courses, sans pour autant être austère. Il avait quelque chose de charmant dans le regard ; mais il avait du mal à se dérider sur les pontons, même avant sa maladie. Son esprit était toujours en interrogation pour penser à ce qui permettrait au bateau d’aller plus vite. Un perfectionniste. Passionnément amoureux de la course au large, il s’est vite imposé parmi les meilleurs, concurrent redoutable et unanimement regretté.

Patricia-M.Colmant

    • Éditions Gallimard
    • L’univers marin est en grand deuil après le décès de Charlie Dalin qui fut un très grand navigateur

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