Forêts et fleuves de Guyane : les oubliés du tourisme local
En reportage en Guyane, la journaliste Patricia M Colmant nous livre les impressions de son voyage et du groupe au rythme d’une balade sur le fleuve et au coeur de la forêt.
Au cœur d’une végétation luxuriante, émerge le toit d’un grand carbet, un de ces abris constitués d’une couverture de palmes posée sur 4 ou 8 poteaux et ouvert à tous les vents … et tous les visiteurs nocturnes. Juste avant de descendre du car, on nous a raconté que la nuit, les habitants rentrent leurs car les jaguars en raffolent ! Un frisson parcoure notre équipée…Le jaguar est susceptible de roder autour de notre campement ? Ce reportage en Guyane s’annonce « aventureux ». La nouvelle et les bruits de la nuit nous font taire, brièvement, car la découverte des hamacs suspendus suscite l’ébahissement du groupe. La plupart n’ont jamais passé une nuit en hamac…
On nous fait quelques recommandations : vérifier l’intérieur des chaussures avant de les remettre (et de déranger un scorpion !), ne pas laisser sa valise grande ouverte ou regarder au-dessus de sa tête si un charmant arachnide, genre matoutou aux pattes jaunes, ne s’est pas lovée à proximité des cordages du hamac. Un briefing qui donne du piment à la nuit à venir. Dans la pratique, les habitants de la forêt tropicale se sont montrés très discrets, y compris une petite matoutou repérée et restée tapie dans son trou. Nous sommes installés au camp Maripas, au bord du fleuve Kourou, à quelques kilomètres du Centre Spatial Guyanais dont nous avons pu apprécier, dans la journée, le musée très pédagogique sur la conquête spatiale européenne. Fusée, pas de tir et salle de contrôle, plus l’histoire de cet investissement technologique français depuis la fin des années soixante qui est passionnante. Elle attire d’ailleurs 14 000 touristes par an et près de 28 000 scientifiques.
Mais cette nuit, nous allons nous immerger dans le cœur de ce qui fait la richesse de ce lointain territoire français, la forêt. Notre dortoir a été pensé pour lever les anxiétés citadines avec un minimum de confort et initier le visiteur aux charmes et à la magie de ces terres enfouies sous une végétation délirante, alimentée par un des nombreux fleuves qui irriguent le pays. Ils sont d’ailleurs d’importantes voies de communication pour la Guyane. L’installation a rappelé à certains les colonies de vacances d’enfance avec les fous rire, les hamacs transformés en balançoire et les trois copines qui se sont retrouvées en apesanteur avant de choir doucement sur le sol faute d’un accrochage assuré. La moitié du groupe a profité du concert offert par l’autre moitié, autrement dit les ronfleurs ont dormi, les autres un peu moins… « Avec mes boules Quies, j’ai très bien dormi » a lancé Barbara aux mines un peu tirées et aux corps un peu rouillés ! Mais au petit déjeuner tout le monde était emballé par l’expérience et en pleine forme pour se lancer sur le fleuve, pagaie à la main, à bord de pirogues.
Nos instructeurs ont insisté sur la nécessité de se concentrer et de ne pas faire de mouvements brusques car ce sont des embarcations plutôt instables. Message reçu 5 sur 5. Personne n’est passé à la baille, sauf à l’issue de notre balade sur ce fleuve Kourou, large, puissant qui semble dissimuler un monde mystérieux. De fait, en Amazonie, les fleuves sont le royaume du jaguar, de l’anaconda, de gros poissons et des loutres géantes. A noter que ces dernières ne craignent même pas le félin tacheté aux mâchoires et coup de patte redoutables. Mais à Maripas, la baignade est sans inquiétude et on en a bien profité.
Quelle découverte, cette brève expérience de la forêt tropicale où l’homme a su à la fois s’adapter à un environnement qui ne lui est pas propice tout en exploitant avec respect ses richesses. La Guyane Amazonie est une destination nature encore trop méconnue alors que tant d’éco-touristes recherchent dépaysement et déconnection. On ne saurait trop leur recommander de mettre la forêt guyanaise dans leur agenda.
Patricia-M.Colmant






