Expo : le cirque, fabrique de l’art moderne

Je suis allée voir une intéressante exposition au musée de Montmartre : le cirque, une fabrique de l’art moderne.

A voir absolument pour les passionnés d’oeuvres fin XIX ème et XXème siècle ; car le cirque a enchanté impressionnistes et post impressionnistes.

Pendant près d’un siècle, de 1873 à 1972, le cirque fait battre le cœur de Montmartre. Derrière les prouesses des acrobates, l’éclat des costumes et la magie de la piste, des générations d’artistes découvrent un terrain d’expérimentation sans égal. Proche des ateliers du Bateau-Lavoir, le quartier s’impose comme l’un des foyers de la modernité artistique, le Cirque Fernando, devenu plus tard le Cirque Medrano, attire Degas, Seurat, Toulouse-Lautrec, Picasso, Chagall, Rouault, Léger et bien d’autres encore.

Une des affiches du cirque Fernando

Si l’histoire de l’art s’est construite autour des grands courants esthétiques, le musée de Montmartre invite à en explorer une autre facette : le cirque, non comme un simple sujet de divertissement, mais comme un creuset de la création, une véritable « fabrique de l’art moderne ».

Le parcours est chronologique avec l’installation en 1873 de l’écuyer belge Ferdinand Beert qui installe son chapiteau près de la rue des Martyrs : le cirque Fernando est né et sa renommée est due à la convivialité du lieu et à la beauté de ses affiches lithographies (le tableau « Miss Lala au cirque Medrano » de Degas est conservé à Londres à la National Gallery).

Sydney et Mazzoli dans l’entrée du bilboquet de Joseph Faverot vers 1900

Quand Geronimo Medrano reprend le cirque, celui-ci devient un RV incontournable des artistes de la butte et c’est à Faverot que l’on doit les toiles les plus amusantes dont celle de l’âne Bottom.

Sur la piste, les corps se tendent, se désarticulent, défient la pesanteur ; les lignes s’élancent et les couleurs s’affranchissent du réel. Le cirque offre aux artistes un spectacle inédit du mouvement, du rythme, de la lumière et de la métamorphose.

De cet univers fascinant naissent quelques-unes des œuvres les plus marquantes de la modernité, parmi lesquelles La Clownesse Cha-U-Kao d’Henri de Toulouse-Lautrec (1895), Le Fou de Pablo Picasso (1905), Le Cirque Medrano de Fernand Léger (1918), Jazz d’Henri Matisse (1947) ou Les Acrobates d’Alexander Calder (1944-1966).

La clownesse Cha-U- Kao d’Henri de Toulouse-Lautrec 1895

Mais c’est surtout Toulouse-Lautrec, l’une des « âmes de Montmartre » qui peint les figures les plus marquantes du cirque et des cabarets d’antan. Il analyse la condition humaine qui se dessine dans tout le peuple des acrobates, des clowns, des écuyers et par ce miroir de la vie quotidienne il donne à son œuvre une modernité XXI ème siècle.

Mais le véritable héritage du cirque réside peut-être ailleurs. Sur la piste, les acrobates, les écuyères, les clowns et les funambules offrent leur art dans ce qu’il a de plus précieux : la beauté du geste. Depuis les gradins, peintres, écrivains, poètes et musiciens la reçoivent et la font rejaillir à leur tour. Comme une main tendue qui trouve, au vol d’une acrobatie, une autre main pour la saisir et lui donner un nouvel élan, la création circule d’un artiste à l’autre. Chacun prolonge le geste de l’autre dans son propre langage, et lui insuffle une nouvelle vie.

le cirque Medrano de Fernand Léger 1918

C’est à cette extraordinaire fécondité que le musée de Montmartre rend hommage.

J’ai beaucoup aimé cette exposition qui met en lumière un pan de l’Art souvent peu représenté et parfois réduit à une « clientèle enfant ».

Il y a réellement prouesse artistique, créativité dans les numéros dans les spectacles de cirque et surtout une atmosphère à nulle autre pareille parmi les membres du cirque, du jongleur au clown en passant par le dompteur ou l’acrobate.

Costumes de clown (Maison Vicaire et Fratellini)

Par un excès de soutien à un pseudo bien-être animal, les cirques aujourd’hui meurent à petit feu et cela est hélas tout un pan du divertissement, de la convivialité familiale ou amicale entre le personnel du cirque qui tend à disparaitre. Un Art, celui du cirque, est en train de s’éclipser ; puisse cette exposition révéler au grand public la beauté de cet Art.

Le repas frugal de Pablo Picasso 1904

Musée de Montmartre

12 rue Cortot

75 018 Paris

01 49 25 89 39

www.museedemontmartre.fr

En ouverture visuel de Seurat : l’écuyère 1890 (musée d’Orsay)

 

 

 

 

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