Bruxelles : exposition Bellezza e Bruttezza au Bozar
Le Palais des Beaux-Arts Bozar propose une intéressante et vraiment inédite exposition sur la beauté, mais surtout la laideur dans les œuvres de la Renaissance. A voir pour l’intérêt des œuvres présentées et l’originalité du thème. Une exposition majeure qui a demandé 5 ans de travail !!
Botticelli, Titien, Tintoretto, Leonardo da Vinci, Michelangelo, Cranach l’Ancien sont pour vous des artistes qui ont créé, façonné le beau à travers leurs œuvres et pourtant certains de leurs chefs d’œuvre présentent l’extrême à savoir la laideur qui se glisse sur un visage, un corps tout entier.
Si la beauté émerveille, la laideur fascine et interroge ; d’où l’étrangeté de cette exposition et de ses 90 œuvres, principalement des peintures, en provenance des plus grands musées de Rome, Florence, Venise, Paris, Vienne et Washington.
La beauté et la laideur ont toujours captivé les hommes, mais leur signification évolue au fil du temps et Bellezza e Bruttezza d’explorer la manière dont les artistes d’Italie et d’Europe du Nord aux XVe et XVIe siècles ont représenté ces extrêmes, tant par des idéaux raffinés que des grotesques délibérés. Une occasion rare d’admirer des œuvres extraordinaires, dont certaines sont présentées pour la première et unique fois en Belgique.

Quand Cranach illustre la beauté et la laideur dans le couple, Musée de Budapest à gauche et de Prague à droite (1520-1522 et 1530)
C’est quoi le beau ? C’est quoi le laid ? Qui est belle ? Qui est laide ? Ces questions préoccupent les artistes et leur public depuis des siècles. Les idéaux de beauté évoluent selon les époques et les lieux. La perception de la laideur aussi, car elle se définit principalement à travers ce que quelque chose ou quelqu’un n’est pas : beau. À la Renaissance, la laideur est rapidement considérée comme une anomalie : elle renvoie au mal, à l’infériorité, au monstrueux ou au risible.
L’exposition montre que les critères de beauté et de laideur évoluent du dernier quart du XVe siècle jusqu’à la fin du XVIe siècle. Confrontant le beau et le laid, l’exposition met en regard les différentes interprétations qu’en donnèrent les plus grands artistes italiens et leurs homologues d’Europe du Nord. A noter et prendre en considération que la beauté est devenue au XVI ème siècle une préoccupation sociale croissante. Fleurissent alors les écrits de « recettes pour être belle », les conseils cosmétiques ; alors qu’en parallèle la laideur prend également une place plus marquée dans l’art, se déclinant au cours de cette même période. Etrange contraste !!
A l époque de la Renaissance, période de transition entre le Moyen Âge et les Temps modernes ; les artistes expriment un nouveau souffle aux idées et aux idéaux de beauté de l’Antiquité gréco-romaine. Pour les sculpteurs, la beauté est toujours transmise par des œuvres telles que les Trois Grâces et les innombrables Vénus ; car pour eux beauté est synonyme de divin, d’inaccessible.
De leur côté les peintres à l’image de Vinci se sentent bien plus libres et ils envisagent des corps volontairement abîmés, des visages déformés. Visitant les hôpitaux, les morgues, Léonard de Vinci se plaît à observer et retranscrire les difformités de Dame Nature ; de même qu’il caricatura des têtes humaines. En cela il est comme toujours avant-gardiste et agit comme un révélateur pour les caricatures de presse, les dessins moqueurs des Charlie Hebdo.
Et que diraient aujourd’hui ces artistes de l’actuelle manipulation numérique des images qui transcende une jeune fille soucieuse d’acquérir une notoriété sur le web et démolie une autre en soulignant tel ou tel trait ? A la Renaissance, la laideur est considérée comme une anomalie : elle renvoie au mal, à l’infériorité, au monstrueux et par là même au risible. La peinture des laids montre les méchants, les fous, les difformes, les vicieux, les peaux différentes à l’image du portrait grandeur nature de Madeleine Gonzales (vers 1850), une des filles de Pedro Gonzales, l’homme velu de Tenerife. Il souffrait d’une hypertrichose universelle, extrême pilosité sur tout le corps, anomalie génétique qu’il a transmise à ses enfants. Dès 7 ans la petite Madeleine fut présentée à diverses cours d’Europe, dont celle de Guillaume V de Bavière, comme une curiosité.
De la laideur à la caricature, le pas a été vite franchi par les peintres et tant Vinci que Dürer en ont profité pour des créations très libres, donnant naissance à une certaine ‘belle laideur’.
Une occasion rare d’admirer des œuvres extraordinaires, dont certaines sont présentées pour la première et unique fois en Belgique.
Adresse :
Bellezza e Bruttezza, l’idéal, le réel et le caricatural à la Renaissance
Bozar – Palais des Beaux-Arts de Bruxelles
Rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles
Visuels fournis par le musée Bozar






