EXPOSITION Claude VIALAT « AVATAR » à Toulon

Claude Viallat « Avatar 2005-2025 »

Vingt ans de peinture libre à l’Hôtel des Arts TPM

Il y a des expositions que l’on visite. Et d’autres que l’on traverse presque physiquement.

En décembre dernier, à l’Hôtel des Arts TPM, j’ai eu la sensation d’entrer dans la peinture, de marcher dedans, de la frôler, de la sentir.

L’exposition « Avatar 2005-2025 » de Claude Viallat ne se regarde pas à distance respectueuse : elle se vit. Elle respire. Elle déborde. Elle envahit l’espace comme une matière vivante. Et c’est précisément ce qui la rend si vibrante.


Une peinture sans représentation, mais profondément matérielle

Figure majeure de la scène artistique française depuis plus d’un demi-siècle, Claude Viallat poursuit depuis les années 1960 une recherche radicale : débarrasser la peinture de toute illusion narrative pour revenir à ses éléments constitutifs — le support, la couleur, le geste.

Dès 1966, il met au point un système devenu emblématique : une forme unique, répétée à l’infini, sorte d’empreinte neutre évoquant tour à tour un osselet ou une palette. Ce motif, appliqué mécaniquement, lui permet d’évacuer la question de la représentation pour se concentrer sur l’essentiel : comment la couleur se dépose, pénètre et réagit selon la nature du tissu.

Car Viallat ne peint pas sur des toiles traditionnelles. Draps, toiles de tente, rideaux, parasols, fragments textiles récupérés deviennent surfaces picturales à part entière. Le support n’est plus un simple fond : il absorbe, déforme, résiste. La peinture imbibe la fibre, se diffuse, crée des accidents.

À Toulon, ces expérimentations se déploient dans des formats libres, souvent découpés, raboutés, cousus. Certaines pièces pendent comme des voiles, d’autres occupent le mur de manière presque sculpturale. Le cadre disparaît, la peinture s’émancipe, envahit l’espace.

Ce protocole, en apparence contraignant, génère paradoxalement une grande liberté. La répétition devient variation, la rigueur ouvre la voie à l’imprévu.


« Avatar » : vingt ans de métamorphoses picturales

Pensée comme la continuité de l’exposition présentée ici en 2005, et conçue en hommage au galeriste Jean Fournier, cette rétrospective rassemble deux décennies de travail. Le titre Avatar suggère justement ces transformations successives d’un même principe.

D’une œuvre à l’autre, la forme prolifère, se fragmente, change d’échelle. Les couleurs explosent : rouges brûlés, jaunes solaires, bleus profonds, verts acides. Viallat joue autant avec l’harmonie qu’avec la dissonance, assumant parfois des associations volontairement heurtées. Cette liberté chromatique inscrit son travail dans la lignée des grands coloristes, des Fauves à Simon Hantaï, tout en conservant une identité totalement singulière.

Ce qui frappe surtout, c’est la dimension physique et sensible de l’ensemble. On s’approche pour observer les coutures, les taches, les irrégularités, les reprises. On perçoit le temps, le geste, la main. L’œuvre n’est jamais lisse ni conceptuelle : elle reste charnelle.

Plus qu’une rétrospective, l’exposition apparaît comme une expérience de peinture à l’état brut. Une peinture qui respire, qui déborde, qui refuse toute fixité — et qui rappelle, avec une étonnante fraîcheur, que ce médium peut encore surprendre.


«Dans mon travail, qui est un système formel, il y a le jeu formel de la répétition de la forme proprement dite, le jeu formel de la forme de la toile ; il y a aussi le jeu formel de la fragmentation de la toile qui est une construction, celui des empiècements que je vais coller sur la toile et celui qui souligne différemment des interformes de manière à ce qu’elles reviennent ou qu’elles ramènent une forme supplémentaire. »

Claude Viallat, Entretien avec Catherine Lawless, 1991

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Informations pratiques

Hôtel des Arts TPM – Toulon
Exposition jusqu’au  25 avril 2026
Du mardi au samedi, 11h–18h
Entrée libre – Visites commentées : mercredi et samedi à 15h

 

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