À Cassel, venez faire la fête avec les Brueghel

Le musée de Flandre, à Cassel, présente une exposition haute en couleur autour du thème de la fête et des kermesses au temps des Brueghel, célèbre famille de peintres flamands. Une invitation à plonger dans deux siècles de réjouissances populaires, de danses endiablées et d’excès en tout genre.

Pour célébrer le 450e anniversaire de la mort de Pieter Brueghel l’Ancien (1510/1520-1569), Sandrine Vézilier-Dussart, conservatrice en chef du musée et commissaire de l’exposition, a rassemblé une centaine de toiles, gravures et instruments de musique autour de ce thème festif. Pieter Brueghel père est absent, en revanche, ses fils Pieter II et Jan I sont présents, ainsi que certains de ses contemporains et de ses suiveurs.

Le genre satirique flamand

L’un des intérêts de l’exposition est de faire découvrir le monde rural flamand des 16e et 17e siècles dans son quotidien, à travers ses coutumes et ses traditions. Le temps de l’expo, les paysans ont exceptionnellement abandonné leurs champs et remisé leurs outils pour ripailler et danser au son de la cornemuse. Prenez le temps de savourer ces saynètes truculentes truffées de détails et de symboles, qui illustrent parfois des proverbes. C’est le cas de Noce grotesque, tableau attribué à Frans Verbeeck. La mariée, qui n’est guère attirante (pas plus d’ailleurs que sa voisine de gauche, qui nous fait de l’œil..), porte une couronne, symbole de virginité. Devant elle, un nain bossu tient une lanterne qui ne diffuse aucune lumière, illustration du proverbe « C’est une grosse lanterne sans lumière », allusion à la bêtise.

HANS BOL (Mechelen, 1534 – Amsterdam, 1593) Kermesse flamande Huile sur bois, 55,2 × 77,6 cm Anvers, Snijders & Rockoxhuis Museum, inv. 77.103 © KBC, Anvers, La Maison Snijders & Rockox

À l’époque, la fête s’inscrit dans un contexte religieux. Mais chez les Brueghel & Co, l’église et la procession sont souvent reléguées au second plan. Païen et sacré se mêlent joyeusement. La dimension satirique, voire grivoise, occupe une place centrale dans les œuvres présentées. Main qui glisse prestement sous les jupes d’une femme, moines qui demandent le chemin de la maison close, personnage alcoolisé qui vomit… les artistes se moquent et condamnent en même temps. La figure du fou, omniprésente, est utilisée pour dénoncer les excès et les dérives. Le visiteur lui s’amuse et se délecte !

Filiation, transmission et innovation

Pieter Brueghel l’Ancien n’a peint que quatre tableaux sur le thème des fêtes. En revanche, il est l’auteur de plusieurs gravures dont la Danse de noces. Cette œuvre a été maintes fois réinterprétée par ses fils, notamment par Jan I, avec une huile sur cuivre présentée dans l’exposition, aux couleurs lumineuses et aux très beaux jeux de transparences. Comme le veut la tradition, la mariée, installée à la table d’honneur, ne peut ni manger, ni danser. L’homme en noir, les mains derrière le dos, qui observe la foule, pourrait être Pieter Brueghel l’Ancien lui-même, qui aimait dit-on s’inviter dans les fêtes villageoises.

JAN I BRUEGHEL L’ANCIEN Danse de noces ca. 1600 Huile sur cuivre, 40‚5 × 50,5 cm Bordeaux, musée des Beaux-Arts, inv. bx e 103 © Mairie de Bordeaux, Lysianne Gauthier

Mais les deux fils Brueghel n’ont pas été seulement des suiveurs. Comme le rappelle Sandrine Vézilier-Dussart, ils ont produit des compositions innovantes à la fois par le traitement de l’iconographie et par le style. Preuve en est l’un des trésors de l’exposition : Une Fête villageoise, magnifique huile sur cuivre réalisée par Jan I Brueghel en 1600, qui fait montre ici de tout son talent de miniaturiste et de coloriste. On passerait des heures à scruter cette fête qui oscille entre scène de genre et paysage, avec ses personnages lilliputiens et son somptueux arrière-plan presque onirique qui s’étend à l’infini, jusqu’aux blancs vaporeux.

PIETER II BRUEGHEL (Bruxelles, 1564 – Anvers, 1638) La Procession nuptiale Signé et daté : « P. BREVGHELK 1627 » Huile sur bois, 75 × 120,7 cm Genève, De Jonckheere © De Jonckheere, Genève

S.D.

DAVID VINCKEBOONS (Malines, 1576 – Amsterdam, 1631) Paysans et soldats faisant la fête ca. 1603 – 1608, Amsterdam, Rijksmuseum, inv. rp-t-1883-a-2809 © Amsterdam, Rijksmuseum

« Fêtes et Kermesses au temps des Brueghel »
Musée de Flandre, 26 Grand-Place, 59 670 Cassel
03 59 73 45 60
Jusqu’au 14 juillet 2019
Commissariat : Sandrine Vézilier-Dussart, conservatrice en chef du musée de Flandre
Scénographie : Nicolas Groult, Scénografia

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