Ma journée au XVIII ème siècle
Le Musée des Arts Décoratifs de Paris propose au visiteur une immersion dans une journée d’un couple résident dans un hôtel particulier, quintessence de l’art de vivre à la française dont toutes les cours européennes de l’époque s’inspiraient. Patricia M Colmant y a passé une journée.
Sous forme de vitrines richement dotées d’objets et pièces originales de ce siècle de créativité, d’innovations et de raffinement, cette exposition propose à chaque tableau illustrant les principales heures de la journée une chronique de l’époque. Depuis l’arrivée dans la cour de l’hôtel particulier, en chaise à porteur, signe extérieur de richesse, ou en élégante berline équipée parfois d’une table écritoire entièrement repliable, jusqu’aux chambres des hôtes, le boudoir de madame ou le bureau de monsieur, cette déambulation nous fait découvrir occupations et ressources de ces splendides hôtels particuliers.
Peintures de scènes champêtres, porcelaines de Sèvres, objets raffinés, telles de belles pendules qui trônent sur une cheminée sont des marques du rang social des bâtisseurs de l’hôtel. Le XVIIIè a apporté des avancées majeures dans la mesure du temps. Dès lors, posséder des pendules est une marque de standing. Quant au chauffage, si on reste attaché au feu de cheminée, les espaces communs sont désormais équipés de poêles comme l’illustre un joli tuyau en faïence surmonté d’une collerette tel un plumet d’ananas.
De par sa taille, l’hôtel affiche la fortune de ses occupants, famille mais aussi domesticité, idéalement au nombre d’une quinzaine – médecin et prêtre parfois compris. Pour améliorer le service et se prémunir de la promiscuité, les architectes conçoivent couloirs, portes dérobées, corridors et escaliers de service qui assure une circulation indépendante, y compris pour monsieur et madame….
La reconstitution de chaque pièce principale donne une idée de la richesse et de la sophistication dans lesquelles vivaient les nobles et la haute bourgeoisie de l’époque. Le moindre détail était pensé afin d’allier le fonctionnel et l’esthétique. Fleurs et plantes sont abondamment représentées dans la décoration illustrant l’attachement toujours vif à la nature de ces classes aisées.
Monsieur et madame ont leur chambre, généralement proches et communicantes mais d’une décoration très personnalisée et complétées par une garde-robe. Le réveil vers 7 h est agrémenté d’un premier repas, bouillon et tasse de café ou chocolat breuvages exotiques qui commencent à s’installer dans le quotidien. Mais la journée commence par une prière, comme pour le roi, la France étant alors très catholique. On peut recevoir des amis ou des fournisseurs avant quelques ablutions sommaires matinales. La baignoire comme celle présentée dans son cannage avec la chaufferette en cuivre pour réchauffer l’eau reste un luxe.
Le dîner a lieu entre 14 h et 15h dans l’aristocratie (il est plutôt vers midi pour le peuple) et c’est l’époque où la salle à manger s’impose. Le souper se prend vers 21h, souvent dans l’intimité ou avec une petite assemblée sélectionnée. Après un repas plus léger que les cinq séries de plats du midi, la soirée se poursuit autour d’un concert de musique de chambre ou des jeux de hasard ou des conversations littéraires, artistiques voire scientifiques.
Ces vitrines sont l’occasion d’admirer l’art des ébénistes, des porcelainiers, des tisserands, des peintres et de tous ces artistes qui ont établi par leur talent la renommée des arts décoratifs français à travers le monde.
Seul bémol de cette belle exposition : la pénombre ambiante ne valorise pas cette exposition sensée mettre en valeur la recherche de tous les petits détails si délicats : quel dommage !!!
Patricia-M. Colmant
Une journée au XVIIIè siècle, chronique d’un hôtel particulier
Musée des arts décoratifs jusqu’au 5 juillet 2026, 107 rue de Rivoli-Paris 1er
Ouvert toujours les jours sauf le lundi de 11h à 18h, nocturne jeudi jusqu’à 21h
Réservation sur madparis.fr







