A Bruxelles, Jef Lambeaux au parc du Cinquantenaire
Peu ouvert au public, le pavillon des Passions Humaines contient la fresque de Jef Lambeaux que j’ai pu visiter dans le parc du Cinquantenaire.
A côté de la mosquée, un bâtiment plus proche du temple grec qu’un musée de plein air. Les formes sont ultra – classiques et j’apprends que c’est là la 1ère commande publique donnée dans les années 1890 par l’Etat à Horta. En regardant attentivement le bâti, on peut dire qu’Horta a construit là un des jalons de l’Art Nouveau : le tympan est courbe et non droit, les colonnes sont galbées, le soubassement arrondi et les murs des bas-côtés sont concaves.
Ce bâtiment doit abriter une fresque de Jef Lambeaux qu’il n’explique pas et n’attribue aucun nom. Mais très vite les tensions montent entre les deux artistes : Lambeaux veut plus de lumière pour sa sculpture, Horta entend respecter son travail initial. Si pavillon et bas-relief sont finis en 1899, le public s’enflamme et critique la sculpture considérée comme scandaleuse, en particulier pour les catholiques ; d’autant plus que l’oeuvre est visible par tout public, dont les bambins qui jouent dans le parc.
Le pavillon est muré par des palissades en bois, Horta doit revoir sa copie et redessiner sa propre œuvre ; et après des critiques de toutes parts, l’ensemble est fermé en 1939. Et il faut attendre les années 1975 pour que l’intérêt pour l’Art Nouveau retrouvé ce bâti et sa sculpture soient redécouverts. Coûteux pour l’Etat, le gouvernement essaye sans succès de donner l’ensemble au roi Khaled d’Arabie Saoudite.
Alors qu’en est-il de cette sculpture de Jef Lambeaux ? Monumentale avec 11 mètres de long sur 6 mètres de haut, elle se compose de 16 blocs de marbre de Carrare.
En 1880, Jef Lambeaux est un sculpteur connu et attiré par le mouvement et sa découverte de Michel-Ange en Italie lui inspire des œuvres aux musculatures sportives et aux corps entrelacés. Ce bas-relief que les critiques d’art appelleront ‘les passions humaines’ est choquant par la manière dont le marbre est travaillé : du marbre brut, non poli à une époque où pierre et marbres étaient polis et brillants. Ce non fini, ce non poli est réellement intentionnel et à ce modernisme dérangeant s’ajoutent les sujets : des corps entremêlés qui dansent et se livrent à des bacchanales avec des satyres aux côtés d’une maternité, d’un couple d’amants face à un Christ en croix qui n’est même pas en majesté mais posé sur le côté de la sculpture. Les passions s’enchevêtrent de manière brutale et dérangeaient fortement.
Mais cela n’est -il pas tout simplement l’humanité ??
Pavillon des Passions Humaines au Parc du Cinquantenaire





