Jean Jaurès : un homme grandement célébré en 2014

Cette figure de tribun est célébrée en France tant à Paris que dans son pays d’origine, le Tarn. Retour sur quelques éléments biographiques et hagiographiques de l’enfant de Castres.

 

C’est le centenaire de la mort de Jean Jaurès assassiné le 31 juillet 1914 dans le café du Croissant (place de la Bourse), quelques heures avant la mobilisation générale pour la Grande Guerre, qui suscite aujourd’hui tant de manifestations et d’évènements tendant à l’hagiographie.

Une des plus célèbres photos : haranguant la foule au Pré St Gervais

Une des plus célèbres photos : haranguant la foule au Pré St Gervais

Il est difficile de saluer l’auteur prolifique qui a laissé bon nombre d’écrits et de positions sur des domaines aussi variés que la poésie, la littérature, l’histoire, le social, l’art ; sans évoquer aussi les railleries et les réprobations dont il a été l’objet. En effet, de son vivant et après sa mort lors de son entrée au Panthéon en 1924, le parlementaire socialiste et le fondateur du journal « L’Humanité » en 1904 n’a pas été épargné par les critiques, les caricatures et même les affrontements physiques.

Enfance bourgeoise à Castres

Né en septembre 1859, le jeune Jean grandit dans une famille aisée de notables bourgeois de tradition catholique qui sont détenteurs de plusieurs propriétés dans le Tarn. Avec son frère Louis, il poursuit ses études au collège de Castres et connaît un brillant parcours scolaire, exemple parfait de la méritocratie républicaine et de l’excellence de l’école laïque d’alors. Dès 16 ans, le jeune élève adresse au préfet du Tarn un premier discours politique. Envoyé au lycée Louis le Grand, il y prépare son entrée à l’Ecole Normale Supérieure où il sera reçu 1 er en 1878. Il est ensuite nommé agrégé de philosophie et obtient la 3 ème place derrière Henri Bergson.

Affiche témoin d'une école appelée Jean Jaurès

Affiche témoin d’une école appelée Jean Jaurès

La formation jusqu’en 1886

Le jeune Jaurès se rend souvent à la chambre des députés pour y écouter les parlementaires. Il y sera élu en 1885 à l’âge de 26 ans et deviendra ainsi le plus jeune député de France aux côtés de Jules Ferry. Il commence des réunions publiques dans sa région de Castres.

De 1886 à 1904 le penseur et l’homme d’action

Des articles dans « La Dépêche de Toulouse », une élection au conseil municipal de la ville rose, des condamnations de la répression des manifestations ouvrières à Fourmies, Carmaux, du soutien aux grévistes des verreries et des mines ; l’homme est partout et se rallie au POF, parti ouvrier français, ce qui est fort mal accueilli dans sa famille. Il participe à Londres à un congrès de l’Internationale socialiste, chante La Carmagnole, prend la parole pour l’unité socialiste, intervient pour la réhabilitation de Dreyfus, participe à des duels au pistolet pour défendre ses idéaux politiques, fonde le parti socialiste, crée L’Huma en 1904.

Au mur des Fédérés

Au mur des Fédérés

Idéaux de paix et de justice

Jaurès affirme pendant cette période là toutes ses convictions en défendant « la veuve et l’orphelin ». Engagements pour les droits de l’Homme et l’abolition de la peine de mort, obsessions de justice sociale, défenseur de la cause ouvrière face au capitalisme industriel : Jean Jaurès révèle ses combats pour la Justice et la Paix dans le monde.

Jaurès dans les arènes de Nîmes en 1912

Jaurès dans les arènes de Nîmes en 1912

L’exposition à Paris aux Archives Nationales met en lumière la vie du grand homme à travers des archives policières et judiciaires et évite les zones d’ombre de cet orateur génial que certains livres ont le courage de dénoncer. Dans leur ouvrage « Jaurès le prophète. Mystique et politique d’un combattant républicain » éd Albin Michel, E. Vinson et S. Viguier-Vinson éclairent de manière inédite les idées du parlementaire par leur fondement spirituel minimisé par les personnes ayant étudié jusqu’ici le personnage. Cet éclairage est fondamental pour comprendre les idées phares, les idéaux, voire les utopies de l’homme qui n’a pas fréquenté les facs de droit mais n’a eu de cesse de glorifier la Justice et de réfléchir en juriste. Le livre explique aussi la contradiction de la foi incontestable mais dissimulée de Jean Jaurès et son anticléricalisme bien connu (en 1901 la 1ère communion de sa fille Madeleine lui vaut les attaques moqueuses de ses adversaires). Jaurès défend le principe indéniable de l’égalité. Il n’admet pas l’absence d’égalité parfaite et absolue de tous les chrétiens, le pain pour les « laïques soumis », le pain et le vin pour « les prêtres hautains » ! Cette analyse permet de comprendre ses motivations pour l’adoption de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905 et la laïcité à l’école.

Exemple de caricature

Exemple de caricature

 

Encore bien vivant pour l’actuelle gauche

L’assassinat de Jaurès par Raoul Villain donnera lieu à de nombreuses et vives polémiques, en particulier lors du procès en 1919 de Villain (acquitté) et de la condamnation de la veuve de Jaurès à payer les frais du dit procès. Pendant le Cartel des Gauches, les cendres de Jaurès sont transférées au Panthéon en 1924 à l’occasion d’une imposante cérémonie à laquelle sont conviés des mineurs de Carmaux. Un musée Jean Jaurès est inauguré à Castres en 1954, un centre national en 1988 par Mitterrand, une fondation avec Mauroy comme président est créée en 1992.

Avant chaque élection, les hommes politiques viennent « en pèlerinage » sur les pas de Jaurès dans le Tarn et Jean Luc Mélenchon a succédé à François Hollande le 24 avril après la venue du président dans le fief de l’homme politique.

Aujourd’hui après de Gaulle, Victor Hugo, Pasteur, Jean Jaurès est le nom le plus attribué à des rues, des établissements en France.

 

Archives Nationales Hôtel de Soubise

60 rue des Francs Bourgeois 75003 Paris

jusqu’au 2 juin 2014

Timbres à l'effigie de Jean Jaurès

Timbres à l’effigie de Jean Jaurès

 

Cet article sera suivi d’un second sur les manifestations dans le Tarn célébrant Jean Jaurès.

 

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